À Abidjan, cette année, la défense des langues africaines a trouvé un écho puissant. Le coordinateur de N’ko Semba (Haute-Guinée) et membre du Réseau central N’ko de Guinée, M. Bassabaty Sidibé, a porté la voix de son pays lors de la cérémonie officielle consacrée aux délégations nationales. Il a lancé un appel à la réhabilitation des langues maternelles, au nom de la dignité, de la mémoire et de l’avenir du continent.
Devant une assemblée attentive, M. Bassabaty Sidibé, figure respectée du mouvement N’ko, a livré un discours porté par l’émotion, l’urgence et l’espérance. « L’avenir de nos peuples passe nécessairement par l’étude et la maîtrise de nos langues maternelles », a-t-il déclaré avec force, à l’ouverture des activités qui consacrent Abidjan comme la capitale des langues nationales cette année.
Pour ce défenseur de la culture africaine, la langue n’est pas un simple instrument de communication. Elle est « mémoire vivante », « miroir de l’âme » et « gardienne de la sagesse des ancêtres ». Et c’est justement dans cette dimension qu’il rend hommage à Solomana Kanté, créateur de l’écriture N’ko, qui a su doter l’Afrique de l’Ouest d’un outil pour inscrire sa voix dans le temps.
Mais le tableau qu’il dresse est sombre : mépris des langues locales, fracture identitaire chez les enfants, perte de savoirs traditionnels. Pour M. Sidibé, l’enfant qui grandit sans éducation dans sa langue mère est comme « un arbre sans racines ». Il mémorise sans comprendre, imite sans créer, s’éloigne de lui-même.
Il met aussi en garde contre la domination des langues étrangères, non pas en tant que savoirs à rejeter, mais en tant qu’outils d’évaluation et de hiérarchisation qui étouffent l’intelligence locale. « Nos enfants sont jugés non pas par leur intelligence, mais par leur capacité à répéter dans une langue importée », déplore-t-il.
Il invite au contraire à rêver d’universités africaines où les sciences seraient enseignées en N’ko, en Bambara, en Peul ou en Malinké. Ce n’est pas, selon lui, une utopie, mais une voie de « dignité » et d' »indépendance intellectuelle ».
Enfin, M. Sidibé exhorte à inscrire les langues africaines dans le futur : éducation, numérique, intelligence artificielle. « Nous devons traduire, écrire, coder, publier, inventer… dans nos langues. Ce n’est qu’ainsi que nous serons réellement maîtres de notre destin. »
Le message est clair : « Ne pas étudier nos langues, c’est trahir nos ancêtres et voler l’avenir de nos enfants. » Et de conclure sur une sagesse africaine qui résume tout : « Un peuple qui perd sa langue est comme un arbre qui perd ses racines. »
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