À l’occasion du 38ème anniversaire de la mort de Solomana Kanté, créateur de l’alphabet N’ko, la remise de diplômes à 51 élèves par la branche de l’association Lakafa à Siguiri a illustré les efforts locaux d’alphabétisation en langues africaines.
Dimanche 23 novembre 2025, la Maison des jeunes de Siguiri a accueillie une cérémonie de remise de diplômes en N’ko, coïncidant avec la commémoration du 38ème anniversaire du décès du savant Solomana Kanté. De nombreuses personnalités et habitants de la Haute-Guinée étaient présents.

Sory Mandénka Kaba, responsable de l’étude grammaticale au sein de Lakafa Siguiri, a expliqué le sens de l’événement : « Nous avons invité le public aujourd’hui pour deux raisons : premièrement pour la remise de diplômes aux élèves que nous formons depuis plusieurs années, de l’alphabet à la grammaire ; deuxièmement, pour honorer la mémoire de Solomana Kanté, décédé un 23 novembre. Que son âme repose en paix. »
La branche de Lakafa à Siguiri a commencé à former les habitants en 2014. En 11 ans, elle estime à environ 5 000 le nombre de personnes ayant acquis la maîtrise de l’alphabet N’ko. Trois niveaux de diplômes ont été remis : Gbègnélé (maîtrise de l’alphabet), Solo (maîtrise phonétique) et Badoun (maîtrise grammaticale).

Lansana Djalonka Camara, chargé de l’organisation, a souligné : « Cela fait quatre ans que Lakafa forme ces élèves. Le diplôme est la reconnaissance du savoir. On a jugé nécessaire de le leur remettre aujourd’hui, à l’occasion de la commémoration du savant Solomana Kanté. »

Mansa Solomana Magassouba, président de Lakafa Siguiri, a rappelé : « Depuis plusieurs années, nous appelons les apprenants pour leur remettre les diplômes. Le Karamo Solomana disait que chacun doit aider à lire et écrire le N’ko. C’est nous qui avons sollicité la mairie, et pour la première fois en Guinée, un dessin portant l’image de Solomana Kanté a été affiché dans la cour de la mairie de Siguiri. »

Le vice-président de la délégation spéciale de Siguiri, Abdoulaye Magassouba, a pour sa part déclaré : « Le N’ko, nous devons le prendre à deux mains pour le développer et assurer sa prospérité. Le diplôme reçu aujourd’hui ne doit pas être rangé dans une valise. Le savoir que vous avez acquis doit être transmis à d’autres. »
L’alphabet N’ko a été créé le 14 avril 1949 à Bingerville (Côte d’Ivoire) par Solomana Kanté. Il est conçu pour transcrire les langues africaines à base phonétique, notamment les langues mandingues. En Guinée, la nouvelle Constitution reconnaît les langues nationales comme langues officielles aux côtés du français, renforçant ainsi leur légitimité dans l’espace public.
Les bénéficiaires de la cérémonie ont exprimé leur enthousiasme. Amara Condé a appelé à l’apprentissage collectif : « Ceux qui sont en retard pour apprendre le N’ko, venez, on apprend ensemble. C’est volontairement que j’ai décidé d’étudier le N’ko, par amour pour nos langues nationales. »
De son côté, Aboubacar Djonmasinilon Kallo a partagé sa joie : « Aujourd’hui, je suis très content. Si vous me permettez d’allumer un feu, ma salive seule suffirait à l’attiser. J’ai reçu deux diplômes : le Gbègnélé et le Solo. »
Reportage réalisé par l’équipe Silabosoona présente à Siguiri : Lonkassia Camara, Sitan Kaba, Karakoka Kallo et Djonmasinilon Kallo.














