Une cérémonie de passation de service marquée par l’absence des nouveaux responsables, mais surtout par un bilan judiciaire lourd qui éclaire deux années de lutte active contre l’insécurité à Siguiri. Des chiffres, des témoignages et un départ qui interroge une population attachée aux acquis obtenus.
La salle d’audience du tribunal de première instance de Siguiri a accueilli, ce jeudi 11 décembre 2025, la passation de service entre le procureur sortant Ibrahima 1 Camara et le président du tribunal sortant Paul Lamah. Les deux entrants n’étaient pas présents à la cérémonie, tenue en présence des autorités préfectorales, communales, des représentants communautaires et des forces de défense et de sécurité.

Dans l’assistance, les témoignages se sont succédé pour saluer un parquet jugé « proche du terrain » et déterminé à endiguer l’insécurité. Le commandant du camp d’infanterie, Aboubacar Sidiki Keita, a décrit un procureur « pont » entre magistrats et citoyens. Selon lui, la mobilisation coordonnée avec le parquet a permis de reprendre le contrôle sur une délinquance autrefois dominante. Il regrette néanmoins l’absence du nouveau procureur : « J’aurais voulu qu’il entende ce que nous disons ici pour comprendre l’exigence du terrain à Siguiri », a-t-il confié.

Même son de cloche du côté des acteurs sociaux. Le président de Djelitomba, Sansoumoudou Kouyaté, a souligné une collaboration fluide entre le parquet et les griots, « sans jamais déborder de la loi », avant de souhaiter « bon vent » au magistrat sortant.

Pour les autorités locales, les résultats parlent d’eux-mêmes. Le président de la délégation spéciale, Souleymane Koïta, rappelle que les malfrats « avaient régné » un temps sur Siguiri et ses environs, avant que la peur ne « change de camp ». Il attribue ce basculement aux efforts conjugués du parquet et des forces de sécurité : « Le procureur est allé au-delà des engagements qu’il avait pris devant la population », affirme-t-il.

Intervenant à son tour, Ibrahima 1 Camara a livré un regard sans fard sur son passage. Il estime que la baisse de l’insécurité découle d’une seule ligne directrice : refuser la corruption. Depuis sa prise de fonction en janvier 2023, le tribunal a enregistré 1 533 procès-verbaux, dont 766 jugés. Au total, 234 personnes ont été condamnées à des peines de prison ferme. « Quand on cède aux pressions financières, le banditisme prospère. Quand les auteurs restent en prison, il recule », explique-t-il, insistant sur le rôle crucial de la population dans la fourniture d’informations.

Son départ, annoncé pour N’Zérékoré où il occupera le même poste, suscite déjà des réactions à Siguiri. Certains habitants, dit-il, ont demandé que sa mutation soit reconsidérée, signe des liens tissés durant ces deux ans. Il sera remplacé par le procureur de Macenta, tandis que le président sortant du tribunal, Paul Lamah, rejoint également Macenta, avec une permutation attendue à Siguiri.
Par Ibrahima Faraba CAMARA, depuis Siguiri pour silabosoona.com














