Quatre ans après le coup d’État de 2021, la Guinée se dirige vers une élection présidentielle largement dominée par le chef de la transition, Mamadi Doumbouya. Entre opposition affaiblie, réformes constitutionnelles et pari minier autour de Simandou, le scrutin s’annonce sans véritable suspense.
Le chef de la junte guinéenne, Mamadi Doumbouya, est largement attendu vainqueur de l’élection présidentielle prévue dimanche. Arrivé au pouvoir après avoir renversé Alpha Condé en 2021, l’ancien commandant des forces spéciales bénéficie d’une opposition fragmentée et affaiblie.
Initialement, Doumbouya avait assuré qu’il ne serait pas candidat. Mais la nouvelle Constitution adoptée en septembre a levé les verrous qui l’en empêchaient et allongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Ses principaux rivaux, dont Cellou Dalein Diallo, sont en exil, tandis que plusieurs autres candidats ont été disqualifiés. Huit challengers restent en lice, sans réelle capacité de rivaliser.
« Ne nous faisons pas d’illusions : il n’y a pas d’autre opposant capable de le défier », estime l’analyste politique Bella Bah. Il ajoute toutefois que, après l’élection, « le président devra prendre du recul et accepter d’exercer le pouvoir autrement », appelant à un dialogue au-delà du cercle militaire.
Le débat politique reste limité. Des organisations de la société civile dénoncent des restrictions sur les manifestations, la presse et l’opposition. Malgré cela, Doumbouya s’appuie sur un argument fort : le lancement officiel du projet minier de Simandou, l’un des plus importants gisements de fer inexploités au monde, au cœur de sa stratégie de développement baptisée « Simandou 2040 ».
« La Guinée n’est plus à vendre », a déclaré récemment le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, lors d’un meeting de campagne. Cette orientation nationaliste sur les ressources, visible aussi au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, renforce la popularité du chef de la transition.
Sur le terrain, certains électeurs évoquent un climat apaisé. « On ne voit plus de campagnes violentes. Les gens débattent sans affrontements », témoigne Mohamed Keita, 65 ans, à Conakry. D’autres restent plus sceptiques. « Ce contexte ne permet pas d’espérer une élection libre et équitable », juge Gilles Yabi, fondateur du think tank WATHI, estimant que « le pouvoir restera avant tout entre les mains des militaires ».
Malgré ces critiques, la CEDEAO, dont la Guinée est suspendue depuis 2021, a décidé d’envoyer des observateurs, signe d’un réchauffement prudent des relations. Environ 6,7 millions d’électeurs sont inscrits, avec des résultats provisoires attendus dans les 48 heures suivant la clôture du scrutin.
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