Face aux demandes de la Maison-Blanche, AFRICOM a proposé plusieurs scénarios — du soutien logistique aux frappes lourdes — tandis que Lagos, Pékin et Washington échangent accusations et mises en garde.
Selon une enquête du New York Times, le commandement militaire américain pour l’Afrique (AFRICOM) a soumis au Pentagone plusieurs options opérationnelles concernant d’éventuelles actions militaires au Nigeria, en réponse à une demande du secrétaire à la Défense. Les documents présenteraient trois niveaux d’engagement — qualifiés par des responsables militaires de « lourd », « moyen » et « léger » — destinés à répondre à la directive présidentielle de « se préparer à intervenir » pour protéger des populations ciblées par des groupes islamistes.
Le scénario « lourd » décrit l’option la plus offensive : le déploiement d’un groupe aéronaval dans le golfe de Guinée et des frappes de chasseurs ou de bombardiers à longue portée contre des cibles en profondeur dans le nord du Nigeria. Le scénario « moyen » prévoit, selon le rapport, des frappes ciblées de drones — MQ‑9 Reaper et MQ‑1 Predator — contre des camps, convois et véhicules identifiés, appuyées par des moyens de renseignement permettant des frappes « précises et opportunes ». Enfin, le scénario « léger » se concentre sur l’appui aux forces nigérianes : partage de renseignement, aide logistique et facilitation d’opérations conjointes contre Boko Haram et d’autres groupes armés.
Des responsables militaires consultés par le New York Times estiment toutefois que des frappes limitées ne suffiraient pas à mettre un terme à un conflit enraciné depuis des décennies, et que seule une campagne de grande ampleur, comparable à celles menées en Irak ou en Afghanistan, pourrait espérer y parvenir — une option jugée inenvisageable par la plupart des décideurs à Washington.
La montée en tension intervient après des prises de position publiques du président américain. Sur le réseau social X, Donald Trump a écrit : « Le christianisme fait face à une menace existentielle au Nigeria. Les États‑Unis ne peuvent pas rester spectateurs… Nous sommes prêts, disposés et capables de sauver notre grande population chrétienne à travers le monde ! » Cette déclaration a ravivé la controverse sur l’ingérence extérieure au nom de la protection de groupes religieux.
La réponse internationale et locale n’a pas tardé. À Pékin, la porte‑parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a réaffirmé le soutien de la Chine au gouvernement nigérian et déclaré que « la Chine s’oppose fermement à tout pays utilisant la religion et les droits de l’homme comme prétexte pour interférer dans les affaires intérieures d’un État, ou pour menacer avec des sanctions et la force ».
Du côté nigérian, une figure proche du président Bola Tinubu a appelé au respect de la souveraineté nationale et rejeté toute intervention étrangère. Daniel Bwala, conseiller et porte‑parole apparaissant sur une chaîne internationale, a qualifié les allégations d’« campagne médiatique » visant à peindre son gouvernement en anti‑chrétien et a assuré que des observateurs indépendants n’avaient pas relevé de politique d’État soutenant des violences confessionnelles. « Nous demandons à M. Trump de nous aider avec l’appareil militaire nécessaire pour lutter contre l’insécurité. Nous ne voulons pas de troupes américaines sur notre sol », a‑t‑il déclaré.
Ce dossier pose des questions sensibles : la frontière entre aide et ingérence, l’efficacité des frappes à distance face aux dynamiques locales, et les conséquences diplomatiques d’une possible intervention militaire étrangère sur un territoire souverain. Le débat reste ouvert entre responsables militaires, diplomates et acteurs politiques, tandis que les options soumises par AFRICOM attendent d’éventuelles décisions politiques à Washington.
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