Longtemps érigée en modèle du journalisme mondial, la vénérable BBC traverse une crise de crédibilité sans précédent. Les démissions de son directeur général et de sa directrice de l’information révèlent, au-delà du scandale, les fissures d’un système médiatique qui se voulait infaillible.
C’est un coup dur pour le géant britannique de l’audiovisuel public. Ce dimanche 9 novembre 2025, la BBC a vu partir coup sur coup son directeur général, Tim Davie, et sa directrice de l’information, Deborah Turness, après la polémique entourant le montage contesté d’un discours de Donald Trump.
Ce qui aurait pu passer pour une simple erreur technique a pris l’allure d’un désastre moral et professionnel.
Le reportage incriminé, diffusé en octobre 2024 dans le magazine d’investigation Panorama, avait altéré la séquence d’un discours de Trump prononcé le 6 janvier 2021, jour de l’assaut du Capitole. Les propos originaux du candidat républicain — appelant ses partisans à « encourager les sénateurs » — avaient été replacés pour lui faire dire qu’il allait « se battre comme un diable » aux côtés de la foule.
Résultat : un mélange de citations trompeur, diffusé sur la chaîne censée incarner la vérité journalistique mondiale. Et dans une ironie que beaucoup n’ont pas manqué de relever, cette fois, ce n’est pas un média africain ou asiatique qu’on accuse de “désinformation”, mais bien la BBC elle-même.
Le directeur général a reconnu que « des erreurs graves ont été commises » et qu’il devait « en assumer la responsabilité ». La ministre britannique de la Culture, Lisa Nandy, a parlé d’une affaire « extrêmement grave », évoquant même « un biais systémique » dans le traitement des sujets sensibles.
Mais au-delà des mots, cette crise révèle une contradiction profonde : celle d’un média qui, pendant des décennies, a donné des leçons de professionnalisme et de transparence aux rédactions du Sud, tout en dissimulant ses propres dérives internes.
Le symbole s’effrite. Ce scandale écorne non seulement la réputation de la BBC, mais aussi celle d’un journalisme occidental qui se croyait immunisé contre la manipulation.
Pour couronner le tout, la chaîne venait déjà d’être sanctionnée par le régulateur Ofcom pour un reportage à Gaza jugé trompeur : le narrateur, un enfant, s’est révélé être le fils d’un haut responsable du Hamas, sans que ce lien ne soit précisé à l’antenne.
Ces accumulations d’erreurs fragilisent la “voix du Royaume-Uni” au moment même où les médias africains, asiatiques et latino-américains gagnent en crédibilité et en indépendance. Beaucoup y voient une inversion du rapport moral : les “donneurs de leçons” sont désormais contraints de s’expliquer.
Le président de la BBC, Samir Shah, a tenté de sauver la face : « C’est un triste jour pour la BBC », a-t-il déclaré. Mais pour beaucoup, c’est surtout un jour de lucidité — celui où l’empire médiatique britannique a appris, à son tour, que la vérité ne se monte pas.
silabosoona.com















