Du putsch de septembre 2021 à sa victoire écrasante de décembre 2025, le général Mamadi Doumbouya a imposé sa marque sur la Guinée. Ancien légionnaire, stratège militaire et homme politique controversé, voici dix faits méconnus sur son parcours étonnant.
Entre 2021 et 2025, Mamadi Doumbouya est passé de colonel des forces spéciales à général cinq étoiles, puis à président élu. Derrière l’image du militaire au béret rouge et aux lunettes noires se cache un parcours atypique, fait de promesses, de ruptures et de contradictions. Voici dix révélations sur l’homme qui dirige désormais la Guinée.
Une formation internationale hors du commun
Avant de prendre le pouvoir, Doumbouya a passé sept ans dans la Légion étrangère française, de 2002 à 2009. Il a suivi des formations en Israël, au Sénégal, au Gabon et à l’École de guerre de Paris. Ses missions l’ont mené en Afghanistan, en Côte d’Ivoire, à Djibouti et en République centrafricaine. Cette carrière internationale explique l’aisance opérationnelle de ses forces spéciales lors du coup d’État.
La colère du soldat privé de munitions
En 2016, Doumbouya commandait déjà des troupes en Guinée. Il demanda des munitions pour entraîner ses soldats au tir. « Je n’ai jamais reçu ces munitions, car ils craignaient que je les utilise pour lancer un coup d’État », expliquait-il lors d’une conférence en France. Cinq ans plus tard, frustré par l’absence de moyens et la prépondérance des conseillers militaires étrangers, il passait à l’acte.
Des déclarations poétiques et provocatrices
Le 5 septembre 2021, à la télévision nationale, Doumbouya déclara : « Nous n’allons plus confier la politique à un seul homme, mais au peuple. » Puis il ajouta : « La Guinée est belle. Nous n’avons plus besoin de la violer, nous devons lui faire l’amour. » Une formule inattendue dans la bouche d’un chef militaire, qui fit le tour des réseaux sociaux.
Interdiction de voyager et confiscation des véhicules officiels
Dès le lendemain du putsch, Doumbouya convoqua les membres du gouvernement renversé. Il leur interdit toute sortie du territoire. Les ministres durent remettre leurs passeports et leurs voitures de fonction. Ce geste spectaculaire visait à empêcher toute fuite ou sabotage de la transition.
Le chantier minier qui change la donne
Sous sa gouvernance, la Guinée a réorganisé son secteur minier et lancé un gigantesque projet d’extraction de fer à Simandou. Le pays possède le plus grand gisement inexploité de minerai de fer au monde. Un projet minier y a été lancé en novembre 2025. Doumbouya a également repris des licences à des entreprises étrangères afin d’augmenter les revenus de l’État.
Il avait promis de partir… avant de modifier la Constitution
En février 2023, Doumbouya jurait qu’il « organiserait la transition mais ne ferait pas partie de l’après-transition » et qu’il refusait une Constitution « taillée sur mesure ». Pourtant, la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 21 septembre 2025 a levé l’interdiction faite aux militaires d’être candidats et allongé le mandat présidentiel de cinq à sept ans. Trois mois plus tard, Doumbouya remportait l’élection avec 86,72 % des voix.
Répression et disparitions
La transition a été marquée par des restrictions croissantes des libertés. Les manifestations ont été interdites à partir de 2022. Plusieurs partis et médias ont été suspendus. Des disparitions forcées d’opposants ont été signalées : en juillet 2024, les militants Oumar « Foniké Menguè » Sylla et Mamadou Billo Bah ont été enlevés. En décembre 2024, le journaliste Habib Marouane Camara a disparu. En 2025, des proches d’opposants exilés ont également été enlevés. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a dénoncé une campagne électorale « sévèrement restreinte » et marquée par l’intimidation.
Auto-promotion au rang de général cinq étoiles
Le 24 janvier 2024, Doumbouya a été élevé au grade de général de corps d’armée. En novembre 2024, il s’est attribué le grade de général cinq étoiles, le plus élevé de l’armée guinéenne. Il a également accumulé des décorations : Grand-croix de l’ordre national du Mérite de Guinée en 2021, grand-croix de l’ordre national du Mali en 2022, doctorat honoris causa de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry en 2023 et Grand-croix de l’ordre du Colatier en 2024.
Une campagne électorale fantôme
Pour la présidentielle de 2025, Doumbouya est resté confiné au palais Mohammed V de Conakry. Il déléguait la parole à son premier ministre et n’a participé à un meeting public qu’une heure la veille du scrutin. Le reste de sa campagne s’est résumé à une vidéo promettant « paix et stabilité ». Malgré cette absence, il a obtenu une victoire écrasante grâce à l’absence d’adversaires de poids.
Un président marié à une gendarme française et adepte du non-alignement
Doumbouya est originaire du quartier Bananköröda à Kankan et appartient au groupe mandingue. Il est marié à Lauriane Darboux Doumbouya, gendarme française rencontrée lors de sa formation en France. Le couple a quatre enfants. Sa carrure athlétique, son béret rouge et ses lunettes noires participent à l’image d’un « homme fort ». Sur la scène internationale, il revendique une stratégie « ni pro-occidentale, ni pro-russe, mais pro-africaine », conservant des relations cordiales avec tous les partenaires tout en refusant de s’aligner.
Ces dix anecdotes montrent que Mamadi Doumbouya est loin de l’image unidimensionnelle du simple putschiste. Sa formation internationale, ses discours étonnants, ses promesses reniées, les chantiers économiques qu’il a lancés et la répression qu’il a exercée font de lui un personnage complexe et controversé. À 41 ans, il entame un mandat de sept ans qui pourrait, selon la nouvelle Constitution, être renouvelé. Reste à savoir s’il utilisera ce pouvoir pour démocratiser la Guinée ou s’il perpétuera l’autoritarisme qu’il prétendait combattre.
Lonkassia CAMARA, pour silabosoona.com











