Une étude publiée dans la revue scientifique Nature révèle que des restes fossiles marocains, précisément datés, comblent une lacune majeure dans l’histoire évolutive des premiers humains.
La question de l’origine géographique d’Homo sapiens continue d’alimenter les débats scientifiques. Longtemps, l’absence de fossiles africains très anciens a laissé place à l’hypothèse d’une apparition hors d’Afrique, suivie d’un retour sur le continent. La découverte et la datation récente de fossiles humains au Maroc viennent toutefois rééquilibrer cette discussion.
Ces vestiges proviennent de la Grotte aux hominidés, située sur la côte atlantique marocaine, près de Casablanca. Mis au jour lors de fouilles menées depuis plusieurs décennies par une équipe maroco-française, ils comprennent des dents, des fragments de mâchoires et des vertèbres humaines. Leur morphologie, notamment celle d’une mandibule particulièrement gracile découverte en 2008, avait intrigué les chercheurs.
Grâce à une méthode de datation fondée sur l’inversion de la polarité magnétique terrestre, les scientifiques ont pu établir que ces fossiles remontent à environ 773 000 ans. Cette inversion, bien documentée à l’échelle mondiale, offre un repère chronologique d’une grande précision. Selon le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, principal auteur de l’étude, cette datation « comble un trou majeur dans la documentation fossile africaine ».
Les hominines ayant occupé le site laissaient des outils de pierre relevant de l’industrie acheuléenne et partageaient l’espace avec des carnivores, comme l’indiquent certaines traces de prédation observées sur des os humains. Comparés aux fossiles européens d’Atapuerca, en Espagne, ces restes marocains présentent à la fois des caractères primitifs et des traits plus évolués, suggérant des populations en cours de différenciation.
Ces résultats renforcent l’idée que les origines d’Homo sapiens et de son dernier ancêtre commun avec les Néandertaliens et les Dénisoviens se situent en Afrique, avec une divergence évolutive plus ancienne que supposé jusqu’ici.














