Un différend minier majeur oppose la Guinée à une entreprise basée aux Émirats arabes unis, après la révocation d’un permis d’exploitation de bauxite. L’affaire, portée devant une instance de la Banque mondiale, intervient dans un contexte de reprise en main du secteur minier par l’État guinéen, avec des enjeux financiers, sociaux et institutionnels considérables.
Axis International Ltd a annoncé, lundi, avoir engagé une procédure d’arbitrage contre l’État guinéen devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une juridiction affiliée à la Banque mondiale. L’entreprise réclame 28,9 milliards de dollars de compensation, après le retrait de son permis d’exploitation d’une mine de bauxite plus tôt cette année.
La Guinée, qui détient les plus importantes réserves mondiales de bauxite, a multiplié depuis un an les mesures visant à renforcer le contrôle public sur le secteur minier. Plusieurs permis ont été retirés ou réattribués, dans l’objectif affiché d’augmenter les revenus de l’État et de favoriser la transformation locale des minerais. Cette politique, menée sous l’autorité du président de la transition, le général Mamady Doumbouya, a déjà donné lieu à plusieurs contentieux internationaux.
Avant Axis International, Nomad Bauxite Corporation avait saisi une instance d’arbitrage en novembre dernier, suivie ce mois-ci par Nimba Investment LLC. Dans un communiqué, Axis International avertit que si la Guinée refuse de participer à la procédure ou de verser une compensation, elle pourrait s’exposer à une perte de soutien des bailleurs multilatéraux et à des difficultés d’accès aux marchés financiers.
Axis International détient 85 % de la société guinéenne Axis Minerals Resources SA, titulaire des droits sur une mine de bauxite située dans la région de Boffa. Selon l’entreprise, le permis a été retiré en mai, en même temps que plusieurs dizaines d’autres titres miniers. Les autorités auraient justifié cette décision par une exploitation jugée insuffisante ou inexistante, une affirmation contestée par la société.
Axis International assure que la mine fonctionnait à pleine capacité et faisait vivre des milliers de travailleurs et leurs familles. En 2024, le site aurait produit 18 millions de tonnes de bauxite, devenant ainsi la deuxième source d’exportation de bauxite du pays. Les dommages réclamés sont, selon l’entreprise, calculés sur la base de réserves prouvées estimées à plus de 800 millions de tonnes métriques.
« Nous démontrerons devant le tribunal de la Banque mondiale que la Guinée est responsable de l’intégralité des préjudices causés par des actes que nous considérons comme manifestement illégaux », a déclaré Gunjan Sharma, conseil juridique d’Axis International. Le gouvernement guinéen n’avait pas réagi publiquement au moment de la diffusion de l’information.
Par silabosoona.com
















