Accusé de « non-assistance à personne en danger » dans une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux, l’hôpital régional de Kankan sort du silence. Sa direction réfute catégoriquement les allégations du vlogueur Tato de Porto et affirme que les deux patients concernés ont été correctement pris en charge avant de quitter l’établissement contre avis médical. Une plainte est en préparation.
Selon le directeur général, Dr Faremba Camara, l’affaire lui a été signalée alors qu’une vidéo circulait déjà massivement en ligne.

« C’est à ma grande surprise qu’on m’a informé qu’une vidéo accusait l’hôpital de non-assistance à personne en danger. Je m’inscris en faux contre ces allégations », déclare-t-il.
D’après la direction, les deux patients ont été admis au service des urgences et ont reçu les premiers soins nécessaires. Un rapport médical circonstancié de trois pages aurait été immédiatement demandé par l’administration.
« Le malade a été bel et bien reçu dans notre structure. Les premiers soins ont été administrés. Les diagnostics ont été posés et les conduites à tenir expliquées aux familles », précise le directeur.
Les registres de consultation et les documents d’observation seraient disponibles pour vérification.
Dr Abdoulaye Kaba, médecin généraliste au comité d’orthopédie traumatologique et de garde ce 14 février 2026, détaille les cas.

Le premier patient, identifié comme M. Laye Doumbouya, présentait une fracture du col fémoral. Selon l’équipe médicale, ce type de fracture nécessite un plateau technique plus élevé que celui disponible à Kankan.
« Nous avons expliqué à la famille que ce cas précis ne pouvait être géré à l’hôpital régional. Il devait être référé dans un CHU à Conakry pour une prise en charge spécialisée », affirme Dr Kaba.
Le second patient, M. Sékou Konaté, souffrait d’une fracture des deux os de l’avant-bras. Ce cas, selon les médecins, pouvait être traité localement par une intervention chirurgicale d’ostéosynthèse.
« À condition que le malade soit admis au bloc opératoire. Mais ils étaient réticents. Ils sont allés se concerter puis sont revenus refuser l’intervention », poursuit-il.
D’après les responsables hospitaliers, les patients auraient exprimé leur volonté de quitter l’hôpital pour se rendre à l’indigénat.
« Ils ont proposé de traiter la plaie ici et d’aller gérer l’os à l’indigénat. Nous avons expliqué que le malade est un tout. On ne peut pas faire un traitement partiel », indique Dr Kaba.
Face à leur insistance, les services administratifs auraient établi des documents de sortie contre avis médical, signés par les intéressés.
« L’hôpital ne peut retenir un malade contre son gré. Ce ne sont pas des enfants. Ils ont 27 et 28 ans. S’ils refusent notre traitement, ils sont libres d’aller où ils veulent », insiste Dr Faremba Camara.
La direction rejette également les accusations portant sur l’absence d’ambulance.
« Nous avons quatre ambulances fonctionnelles garées dans le parc de l’hôpital. Dire que nous n’en avons pas est faux », affirme le directeur.
Il rappelle par ailleurs le principe de l’évacuation sanitaire dans la pyramide sanitaire guinéenne :
« Une évacuation se fait vers un centre ayant un plateau technique plus élevé. L’hôpital régional de Kankan est un centre de référence. On ne peut pas demander une évacuation vers une structure inférieure ou vers l’indigénat. »
Estimant que l’image de l’institution a été atteinte, la direction annonce avoir transmis la vidéo au procureur général.
« Cette fois-ci, nous n’allons pas laisser passer. Nous allons partir en justice. Nous voulons comprendre ses motivations et savoir s’il est venu vérifier ses informations avant de les diffuser », conclut Dr Faremba Camara.
Après l’émotion suscitée sur les réseaux sociaux, l’affaire pourrait désormais se jouer devant les juridictions compétentes.
Lonkassia CAMARA et Sitan KABA pour silabosoona.com
















