Avec près de 89,4% des suffrages exprimés, le référendum constitutionnel marque une étape décisive pour l’avenir politique de la Guinée. Mais les doutes persistent sur la sincérité du scrutin et les ambitions du pouvoir.
Dans la nuit du mercredi 24 septembre 2025, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, a dévoilé les résultats provisoires du référendum constitutionnel : 89,38% des votants ont choisi le « Oui », avec un taux de participation élevé de 86,42%. Un score décrit par les autorités comme le signe d’une large adhésion populaire au nouveau texte fondamental.
Ce scrutin, très attendu par la population et la communauté internationale, ouvre une séquence politique cruciale pour ce pays déstabilisé par plusieurs coups d’État et une histoire de gouvernance autoritaire. La nouvelle Constitution est censée marquer la fin de la transition militaire entamée en 2021, lorsque le général Mamadi Doumbouya a renversé le président Alpha Condé. Mais le texte ouvre aussi la voie à une candidature du chef de l’État à la future élection présidentielle, en supprimant l’interdiction faite aux membres de la transition de se présenter.
Quelque 6,7 millions de Guinéens étaient appelés aux urnes sur une population estimée à 14,5 millions. Le vote s’est déroulé dans un climat que les autorités qualifient de « calme et fortement sécurisé ». Mais sur le terrain, la situation est restée tendue. Les principaux partis d’opposition avaient été empêchés de faire campagne, leurs leaders pour la plupart écartés : incarcération, exil ou disparition.
Malgré l’appel au boycott lancé par l’UFDG, le RPG, l’UFR, le FNDC et d’autres regroupements au sein des Forces vives, de nombreux électeurs ont fait le déplacement. Plusieurs d’entre eux ont confié vouloir « en finir avec l’incertitude » et « ouvrir une nouvelle page », même si le doute persiste sur la véritable marge de choix laissée aux citoyens.
Régionalement, les scores du « Oui » ont varié : 96% dans les régions de Faranah et Kankan, bastions de Doumbouya, contre 74% à Conakry, où la participation a été la plus faible. À Labé, fief de l’opposition, le « Oui » a recueilli 86% avec une participation de 87%.
Cellou Dalein Diallo, figure de l’opposition, a réagi en dénonçant une « mascarade électorale » et une « opération de blanchiment du coup d’État ». Le Premier ministre Bah Oury est attendu pour clarifier la position du gouvernement face à ces accusations.
Derrière l’organisation de ce référendum, les autorités cherchent à donner des gages de bonne volonté à la communauté internationale, en promettant des élections présidentielle et législatives avant la fin de l’année. Aucune date n’a toutefois été annoncée.
La validation des résultats par la Cour suprême sera déterminante. Mais pour beaucoup, ce référendum pose plus de questions qu’il n’en résout, notamment sur les intentions réelles de ceux qui prétendent vouloir clore la transition.
















